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La pensée des Lumières : la critique des moeurs
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La remise en question du mode de gouvernement en France s’étend naturellement à une critique, plus générale, de la société et des mentalités françaises. Cette critique s’exerce souvent par le biais prudent de la fiction, mettant en scène la confrontation entre le monde occidental et d’autres formes de civilisation : celles du Nouveau Monde ou celle de l’Orient.

Montesquieu utilise ce procédé avec beaucoup de finesse dans son roman épistolaire Lettres persanes (1721). Écrites du point de vue de voyageurs persans résidant en France, ces lettres dépeignent, de façon faussement naïve, la société française comme un monde étrange aux valeurs et aux lois arbitraires. Cette satire, pour être souriante, n’en pose pas moins des questions graves sur la politique (critique du despotisme), la religion (critique de l’intolérance religieuse, attaques contre le pape et l’Église), mais aussi sur la justice ou la morale.

 

Dans son dialogue philosophique Supplément au Voyage de Bougainville (écrit en 1772, mais publié, dans sa version définitive, en 1796, à titre posthume), Diderot montre lui aussi la confrontation du monde occidental avec d’autres civilisations : les Occidentaux se révèlent incapables d’appréhender le monde qu’ils découvrent en débarquant à Tahiti, et les Tahitiens ne peuvent adopter le système de valeurs de leurs visiteurs tant il leur semble absurde.

Voltaire, dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756), tente de réaliser un tableau des sociétés orientales, en les comparant plus ou moins explicitement avec les sociétés occidentales ; il reconnaît en l’homme les traits universels de la passion et de la raison.

La plupart des auteurs des Lumières, tout en célébrant la nature et le « mythe du bon sauvage », figure d’un homme dont les mœurs et la morale sont en harmonie avec la nature, se prononcent majoritairement pour le progrès des arts et des techniques, dont ils espèrent qu’il va améliorer la vie du peuple. Montesquieu, conscient des dangers liés aux arts et aux techniques, s’exprime pourtant lui aussi en leur faveur :

le travail, la prospérité économique, la libre concurrence, le luxe, lui semblent en effet des moyens d’améliorer la vie des gens. Auteur de l’article « Luxe » de l’Encyclopédie, Voltaire fait avec insolence, dans un poème satirique célèbre intitulé « le Mondain », l’éloge d’un bonheur tout à la fois intellectuel et sensuel, fondé sur le progrès des arts et sur le luxe.

Diderot, dans son Supplément au Voyage de Bougainville, se plaît pour sa part à souligner le ridicule des mœurs occidentales (notamment les tabous liés à la religion et à la sexualité), sans fondements solides, et à louer la sagesse des Tahitiens, qui vivent conformément à la nature. Mais le philosophe, maître d’œuvre de l’Encyclopédie (ouvrage accordant une large place aux artisanats et aux techniques divers), loue par ailleurs la maîtrise de la nature aux fins d’améliorer le confort matériel des Hommes. Quasi solitaire, une voix s’élève cependant contre le culte du progrès et du luxe, celle de Jean-Jacques Rousseau. Son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) célèbre la pureté de l’état de nature et dénonce la corruption de l’homme, naturellement bon, par la société et notamment par la création de la propriété. Il dénonce la mollesse des peuples dits civilisés, allant jusqu’à condamner le théâtre, et ne cesse de célébrer le mythe du « bon sauvage » et un bonheur originel, conforme à l’ordre naturel et marqué par la simplicité et la vertu (Discours sur les sciences et les arts, 1750). "littérature française" Encyclopédie Microsoft® Encarta® en ligne 2009
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Montesquieu
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